La science · Fiche n°1
Étude qualitative
L'aménorrhée chez les athlètes : pourquoi elles ne consultent pas
Référence
Verhoef, S. J., Wielink, M. C., Achterberg, E. A., Bongers, M. Y., & Goossens, S. M. T. A. (2021). Absence of menstruation in female athletes: why they do not seek help. BMC Sports Science, Medicine and Rehabilitation, 13:146. Publié en accès libre (licence CC BY 4.0).
La question de recherche
Pourquoi les athlètes féminines souffrant d’aménorrhée (absence de règles) ne consultent-elles pas, et comment leur prise en charge pourrait-elle être améliorée ?
La méthode
Étude qualitative néerlandaise menée par focus groups. Douze athlètes (âge moyen 33 ans, entre 23 et 45 ans) ont participé à trois groupes de discussion animés par une gynécologue et une médecin du sport en formation. Les participantes pratiquaient principalement des sports d’endurance : cyclisme, triathlon, patinage de vitesse, athlétisme, course à pied et VTT. La moitié d’entre elles étaient des athlètes d’élite ou professionnelles, actuelles ou anciennes.
Les échanges ont été enregistrés, retranscrits puis analysés thématiquement par les chercheuses jusqu’à saturation des données (c’est-à-dire jusqu’à ce qu’aucune information nouvelle n’émerge des groupes suivants).
Les résultats
Les participantes ont identifié cinq raisons principales pour ne pas consulter en cas d’aménorrhée :
- La normalisation du phénomène par l’entourage. Certaines ont rapporté que des médecins généralistes leur avaient dit que l’absence de règles faisait “partie du jeu” quand on s’entraîne beaucoup.
- L’absence de règles n’est pas perçue par les athlètes elles-mêmes comme un problème, notamment en l’absence de désir de grossesse à court terme.
- La honte et le tabou entourant le sujet, en particulier la difficulté à en parler avec un entraîneur ou un médecin de sexe masculin, exprimée par certaines participantes.
- La priorité donnée à la performance sportive, avec la crainte qu’un traitement implique une prise de poids ou une réduction du volume d’entraînement.
- Le déni. Certaines athlètes savent que l’absence de règles n’est pas normale, mais évitent la confrontation par peur de devoir modifier leur alimentation ou leur entraînement.
Les participantes ont aussi identifié cinq leviers pour améliorer la prise en charge : mieux informer athlètes, coachs et parents ; mieux former les médecins généralistes au sujet ; renforcer la recherche sur les conséquences à long terme (la fertilité étant la préoccupation la plus citée) ; briser le tabou par une parole plus ouverte, y compris via des figures publiques ; et développer une collaboration pluridisciplinaire associant gynécologue, médecin du sport, diététicien et psychologue.
Les limites de l’étude
Les auteurs signalent eux-mêmes plusieurs limites importantes :
- Échantillon réduit (12 participantes) et centré sur des sports d’endurance. Les résultats ne sont pas nécessairement généralisables à d’autres disciplines sportives.
- Risque de biais de rappel : certaines participantes témoignaient d’expériences passées, pas forcément représentatives de la situation actuelle.
- Biais de sélection possible lié au mode de recrutement des participantes (via des associations sportives et réseaux sociaux).
- L’étude porte uniquement sur l’aménorrhée (absence totale de règles) et n’a pas investigué d’autres troubles du cycle, comme l’oligoménorrhée (cycles espacés).
- Les transcriptions n’ont pas été renvoyées aux participantes pour vérification ou correction.
Ce que ça change concrètement
Un signal perçu comme “pratique” par certaines athlètes (ne plus avoir ses règles pendant l’entraînement intensif) peut en réalité indiquer un déficit énergétique relatif au sport (REDs), avec des conséquences documentées sur la performance et la santé osseuse à long terme.
Un chiffre cité par les auteurs, mais qui provient d’une autre publication (pas de leur propre étude) : en 2017, seulement 7% des fédérations sportives internationales disposaient d’un programme ou d’une ligne directrice sur le REDs.
Source : Mountjoy, M., Costa, A., Budgett, R., et al. (2018). Health promotion through sport: international sport federations’ priorities, actions and opportunities. British Journal of Sports Medicine, 52(1), 54-60. Cité dans Verhoef et al., 2021.
Les auteurs relèvent aussi qu’à leur connaissance, aucune recherche n’a encore été menée spécifiquement sur les conséquences à long terme de l’aménorrhée sportive sur la fertilité, un vide de connaissance identifié par le CIO comme l’une des lacunes majeures sur le sujet.
Source : Mountjoy, M., Sundgot-Borgen, J. K., Burke, L. M., et al. (2018). IOC consensus statement on relative energy deficiency in sport (RED-S): 2018 update. British Journal of Sports Medicine, 52(11), 687-697. Cité dans Verhoef et al., 2021.
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Publiée le 10 septembre 2026.
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